Café de Martinique : histoire, déclin et renaissance d'un terroir d'exception
Longtemps éclipsé par la canne à sucre et le rhum, le café de Martinique est pourtant l'un des plus anciens produits d'exportation de l'île. Né d'une arrivée providentielle au XVIIIe siècle, ce café a connu son âge d'or avant de quasiment disparaître. Aujourd'hui, sur les flancs du Nord Martinique, quelques producteurs font renaître une variété rarissime : l'Arabica Typica, surnommé le « café de légende ». Ce patrimoine agricole s'inscrit aux côtés d'autres traditions martiniquaises, comme le rhum et les distilleries ou les yoles rondes.
Une arrivée providentielle sur l'île
L'histoire du café en Martinique commence en 1723, lorsque l'officier de marine Gabriel De Clieu introduit sur l'île les trois premiers plants de café. Cette arrivée tombe à point nommé : à la même époque, les cacaoyers, alors principale culture d'exportation du nord de la Martinique depuis la fin du XVIIe siècle, sont frappés par une grave maladie qui fait chuter la production. Les habitants des quartiers de la Trinité, de la Capesterre et du Nord-Caraïbe se tournent alors massivement vers le caféier, qui devient leur culture de conversion jusqu'au début du XIXe siècle.
Le café ne tarde pas à s'implanter sur une grande partie du territoire. À la Caravelle par exemple, la famille Dubuc, qui donnera son nom au célèbre château en ruines aujourd'hui visitable, cultive dès la fin du XVIIe siècle la canne à sucre, le tabac et le café. Du côté des Anses-d'Arlet, la culture du café en plein soleil sur le Morne Champagne fait la renommée de la commune dès le début du XVIIIe siècle.
L'âge d'or du café martiniquais
À la fin du XVIIIe siècle, le café connaît son apogée : environ 6 000 hectares de l'île lui sont alors consacrés. Il devient une véritable culture de rente aux côtés du sucre, du coton et des vivres, cultivé par de nombreuses familles d'habitants qualifiées de « sucriers et cafiers ». Une seconde embellie survient à la fin du XIXe siècle : lors de la crise sucrière de 1883, qui se prolonge jusqu'en 1904, une partie des planteurs délaisse la canne pour revenir aux cultures dites secondaires, cacao et café en tête, dont les exportations doublent entre 1890 et 1900.
Le déclin face à la canne à sucre et à la banane
Cette prospérité ne dure cependant pas. Les maladies successives, les difficultés humaines liées à l'économie de plantation et surtout la concurrence de cultures plus rentables, la canne à sucre puis la banane, ont peu à peu fait chuter la production caféière martiniquaise. Le café, autrefois omniprésent sur les mornes du Nord et du Sud de l'île, devient une culture marginale, presque oubliée, au cours du XXe siècle.
La renaissance du café de légende : l'Arabica Typica
Il faut attendre les années 2010 pour que ce patrimoine agricole renaisse. La Région Martinique, devenue depuis Collectivité Territoriale de Martinique (CTM), décide alors de relancer la culture du café avec la variété historique introduite au XVIIIe siècle : l'Arabica Typica. Entre 2010 et 2015, l'agronome Frédérique Descroix mène au laboratoire du CIRAD un travail de recherche sur plus de 400 échantillons de feuilles prélevés sur l'île. Seuls trois plants d'Arabica Typica, directement descendants de ceux introduits par Gabriel De Clieu, sont alors identifiés : une variété d'une rareté exceptionnelle.
À partir de 2015, le Parc naturel régional de la Martinique (PNRM) pilote pour le compte de la CTM un programme opérationnel de relance de cette culture, avec l'objectif d'en faire un véritable produit d'excellence. Entre 2015 et 2017, plus de 10 000 plants sont confiés à des agriculteurs des communes de Morne-Vert, Fonds-Saint-Denis et Bellefontaine. Cette première phase confirme que l'Arabica Typica trouve ses conditions idéales au-delà de 1 000 mètres d'altitude, ce qui rend les flancs de la Montagne Pelée particulièrement propices à sa culture.
Les premières récoltes expérimentales, en 2019, révèlent un café au goût singulièrement fruité et à l'arôme remarquable, salué par tous ceux qui ont pu le déguster. La filière vise alors une vingtaine d'hectares plantés, avec des acheteurs américains et japonais déjà engagés sur des prix d'achat dépassant 30 €/kg, preuve du potentiel de ce café de niche à très haute valeur ajoutée.
Un café de légende désormais reconnu à l'international
Depuis 2021, la Martinique, seul territoire français producteur de café, est devenue la destination officielle de la Transat Jacques Vabre, la « Route du Café ». Le PNRM y valorise chaque édition l'agriculture durable de ce café de légende, aux côtés d'autres produits marqués Valeurs Parc comme le miel, le manioc ou la tablette de chocolat de Martinique. Depuis, la dynamique se poursuit : des jeunes volontaires en service civique continuent d'être recrutés aux côtés d'associations locales pour accompagner les producteurs lors des récoltes d'Arabica Typica, preuve que cette filière d'excellence continue de se structurer.
Découvrir le berceau du café de Martinique dans le Nord avec Smartinik
Les communes de Morne-Vert et de Fonds-Saint-Denis, berceau de la renaissance de l'Arabica Typica, se trouvent au cœur du Péyi Nord Martinique, tout près de Saint-Pierre et sur les pentes mêmes de la Montagne Pelée. C'est exactement le territoire que Smartinik fait découvrir à travers sa visite guidée de Saint-Pierre et son excursion dans le Nord Martinique, au pied de ce volcan qui, avec les Pitons du Nord, est aujourd'hui inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO.
Smartinik enrichit ses visites d'explications sur l'histoire de ce café de légende, ses liens avec l'économie des habitations du Nord et sa renaissance récente portée par les acteurs locaux du territoire.
- histoire du café et des habitations sucrières et cafières du Nord ;
- lien entre le relief de la Montagne Pelée et la renaissance de l'Arabica Typica ;
- patrimoine agricole et paysager du Péyi Nord Martinique ;
- actualité de la filière selon le calendrier des producteurs.
Smartinik n'organise pas systématiquement de visite dédiée à une plantation de café : cette possibilité dépend des producteurs, de leurs disponibilités et de la saison.
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